Dans le cadre d’un retour d’expérience, nous avons échangé avec Julien Rouaud, Directeur Assurance chez Eurofins, afin de comprendre comment le groupe renforce sa stratégie assurantielle grâce à l’analytique et quels enseignements concrets ont émergé des travaux menés avec WTW.
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J’occupe le poste de Directeur des Assurances, à ce titre je pilote la stratégie et la gouvernance des programmes globaux d’assurance du groupe, incluant :
Les enjeux assurantiels s’inscrivent dans un environnement complexe : inflation, multiplication des événements climatiques, diversité réglementaire internationale, besoin de données de sinistres fiables et de visibilité sur les expositions à travers des milliers de sites. À cela s’ajoute un impératif clé : assurer la cohérence entre nos programmes d’assurance pour garantir fluidité.
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J’ai été convaincu de la puissance de l’analytique lors d’une précédente expérience professionnelle. J’ai pu mesurer à quel point cet outil transformait la manière de piloter un programme d’assurance, notamment dans l’objectif de maîtriser les coûts et de garantir le niveau de couverture.
Grâce à l’analytique, il devient possible de prendre des décisions fondées sur des modèles robustes plutôt que sur des pratiques historiques, souvent trop liées à l’inertie ou aux habitudes du marché. Cette approche permet également de calibrer les franchises et les limites en fonction des risques réellement encourus et de l’appétence aux risques du groupe, offrant ainsi un alignement beaucoup plus précis entre la couverture choisie et les besoins opérationnels.
L’analytique permet aussi de passer d’une posture essentiellement réactive, dictée par les renégociations annuelles et les évolutions du marché, à une démarche proactive et pilotée. Elle donne aux équipes la capacité d’anticiper, de simuler, de comparer et de justifier les décisions, ce qui change profondément la dynamique interne. Cette rigueur nouvelle renforce de manière significative la crédibilité vis‑à‑vis du marché assurantiel. Les échanges avec les assureurs deviennent plus techniques, plus équilibrés, et les arbitrages plus argumentés.
Enfin, l’analytique joue un rôle essentiel dans la gestion et l’évolution de la captive de réassurance du groupe. Cela apporte une base objective pour décider des niveaux de rétention, des extensions de couverture ou des évolutions du périmètre, tout en évitant les décisions trop coûteuses ou prématurées.
D’après moi, l’analytique permet de se hisser au niveau des assureurs, qui mobilisent eux‑mêmes des modèles actuariels sophistiqués lors des processus de pricing. En d’autres termes, elle rééquilibre la relation, donne du poids aux analyses internes et permet d’aborder les discussions avec la même profondeur technique que les acteurs du marché.
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Les travaux menés conjointement ont consisté à analyser plusieurs lignes d’assurance, ainsi qu’une étude transversale d’optimisation de portefeuille visant à casser les silos traditionnels.
Cette démarche a permis :
Eurofins a ainsi pu accéder à un niveau d’analyse plus fin tout en développant un socle interne de connaissance beaucoup plus solide.
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Les travaux menés ont conduit à plusieurs ajustements significatifs dans la structure des programmes d’assurance. Ils ont d’abord permis de recalibrer les franchises, soit à la hausse soit à la baisse, en fonction des zones géographiques et des niveaux d’exposition identifiés. Dans le même esprit, certaines limites ont été réévaluées et recommandées à la baisse afin de mieux refléter l’appétence au risque du groupe. Les analyses ont également contribué à améliorer les wordings de nos polices et à maintenir des conditions favorables sur plusieurs lignes financières, renforçant la cohérence globale du programme.
L’analytique a par ailleurs joué un rôle déterminant dans la validation d’une augmentation de franchise. Malgré un sinistre, les modèles ont montré que cette décision restait parfaitement compatible avec la capacité financière locale, permettant ainsi d’éviter une réaction excessive dictée par un événement ponctuel.
En parallèle, le groupe est parvenu à optimiser son budget assurantiel, avec un effet tangible sur le dernier renouvellement. Plus largement, l’ensemble de ces analyses constitue aujourd’hui un socle clair, structuré et objectivé pour nourrir les réflexions stratégiques autour de la montée en puissance de la captive et de l’évolution des niveaux de rétention pour les années à venir.
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Selon moi, le bénéfice dépasse largement la seule optimisation financière. L’analytique apporte avant tout :
Elle permet également de mieux quantifier les risques issus du processus ERM, là où l’approche était jusqu’ici plus qualitative. En d’autres termes : l’analytique devient le la colonne vertébrale du pilotage des risques et du financement assurantiel. Il s’impose désormais comme le socle de notre stratégie assurantielle : un outil de pilotage, de crédibilisation et d’optimisation, au service d’une gestion des risques moderne et agile.