L'expression "burn-out" a largement été récupérée dans la sphère sociale et médiatique, parfois caricaturée, souvent reprise sans en connaître la définition exacte. Elle est rentrée dans le langage commun sans que l'on vienne en interroger le sens et surtout, le succès.
Le burn-out est traditionnellement perçu comme un échec personnel ; or, professionnels de santé et chercheurs en sciences humaines sont nombreux à s'accorder sur la dimension collective de ce syndrome : on le qualifie même de pathologie sociétale.
La fatigue, la charge mentale et les symptômes anxio-dépressifs générés par le travail ont toujours existé : ce qui est nouveau est la multiplication de décompensations sévères liés au travail et d’écroulement de professionnels fortement investis qui, du jour au lendemain, perdent non seulement leur capacité à travailler, mais aussi et surtout une grande partie de leurs leurs facultés cognitives, sensorielles, physiques.
Le phénomène du burn-out vient mettre en lumière la croissance des facteurs de risques psychosociaux au travail, ces fameux risques professionnels invisibles qui minent dans un même mouvement individus et organisations.
Ce syndrome civilisationnel est dû à une époque devenue frénétique, une société qui promeut la performance et par conséquent le monde du travail aussi s’accélère, boostée par les progrès technologiques.
Nous vivons au-delà de nos capacités : physiques, psychologiques et plus largement, au-delà des ressources de notre planète. Les logiques gestionnaires sont le terreau de cette « épidémie » de burn-out.
L’enjeu de ce mois où nous profitons de la journée du « Blue Monday » pour dédier notre communication à la prévention du burn-out : revenir sur les possibilités de le repérer, d’identifier ce qui vient nourrir sa mécanique, que ce soit du côté individuel mais aussi collectif et organisationnel.
Quelques éléments de définition
Le burn-out – ou syndrome d’épuisement professionnel – désigne un état d’« épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel ». Il se caractérise par un processus de dégradation du rapport subjectif au travail. Concrètement, face à des situations de stress professionnel chronique, la personne en burn-out ne parvient plus à faire face.
Le syndrome d’épuisement professionnel, ou burn-out, peut toucher toutes les professions. Il concerne autant les femmes que les hommes. Il est en 2e position dans les affections d'origines professionnelles.
Les trois dimensions du burn-out
L’épuisement professionnel est un syndrome conceptualisé comme résultant d’un stress professionnel chronique qui n’a pas été géré avec succès.
Les trois dimensions du burn-out :
- Des sentiments d’épuisement ou de fatigue
- Une distance mentale accrue par rapport à son travail, ou des sentiments de négativisme ou de cynisme liés à son travail
- Un sentiment d’inefficacité et de manque d’accomplissement
Manifestations cliniques et démarche diagnostique
Le burn-out est un ensemble syndromique qui nécessite une démarche diagnostique. Celle-ci vise à caractériser la sévérité du trouble, son type diagnostique et ses liens avec les conditions de travail. Le syndrome d’épuisement professionnel n’est pas une maladie caractérisée.
Ce syndrome peut se traduire par des manifestations plus ou moins importantes, d’installation progressive et souvent insidieuse, en rupture avec l’état antérieur, notamment (liste non exhaustive) :
- émotionnelles : anxiété, tensions musculaires diffuses, tristesse de l’humeur ou manque d’entrain, irritabilité, hypersensibilité, absence d’émotion ; ´ cognitives : troubles de la mémoire, de l’attention, de la concentration, des fonctions exécutives
- comportementales ou interpersonnelles : repli sur soi, isolement social, comportement agressif, parfois violent, diminution de l’empathie, ressentiment et hostilité à l’égard des collaborateurs ; comportements addictifs
- motivationnelles ou liées à l’attitude : désengagement progressif, baisse de motivation et du moral, effritement des valeurs associées au travail ; doutes sur ses propres compétences (remise en cause professionnelle, dévalorisation)
- physiques non spécifiques : asthénie, troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques (type lombalgies, cervicalgies, etc.), crampes, céphalées, vertiges, anorexie, troubles gastro-intestinaux
La démarche diagnostique permet de caractériser le syndrome en repérant des pathologies sous-jacentes éventuelles telles que, notamment, un trouble de l’adaptation, un trouble anxieux, un trouble dépressif ou un état de stress post-traumatique. Le risque suicidairedoit être particulièrement évalué. Cette démarche implique une recherche des facteurs de risque.
Un bilan somatique doit rechercher une pathologie organique associée qui aurait pu se manifester par certains des symptômes cités précédemment.
L’analyse des conditions de travail est faite prioritairement avec le médecin du travail, ou le centre de consultation de pathologie professionnelle.
La check list lorsque vous repérer des signes d’épuisement professionnel chez un collègue
- Inciter à consulter un médecin
- Lister les faits
- Proposer un test de dépistage
- Identifier les freins à la pause
- Proposer des pauses
- Dialoguer
- Un pas après l’autre : privilégier la douceur à une approche « solutions »
Idée reçue : le burn out ne commence pas par la fatigue
Les symptômes du burn out sont liés à une perte de la régulation interne : l'individu n'arrive plus à se ressourcer et se déconnecte insidieusement de ses besoins.
Les injonctions aux repos ou aux vacances n'auront que peu d'effet sur le professionnel surengagé, le problème n'étant pas de trop travailler, mais de ne plus parvenir à se réguler.
Ainsi, il ne faut pas confondre grande fatigue et épuisement professionnel.
Afin de prévenir l'épuisement, les professionnels de santé recommandent le recours à à des activités ressourçantes et la capacité à scanner les moments de surcharge. Par ailleurs, une connaissance du lien entre facteurs organisationnels et impact sur la santé permet un repérage des risques dans son activité.
Focus sur la culpabilité
La culpabilité est le carburant invisible du burn-out. Elle apparaît au premier abord comme une conséquence… En réalité, elle fait tourner le moteur.
- Avant le burnout, certains professionnels ont une propension à culpabiliser : elles se sentent responsables de tout, même de ce qui ne dépend pas d’elles.
- Pendant le burnout, cette culpabilité aggrave les symptômes et augmente les probabilités de comorbidité : insomnie, troubles digestifs, anxiété, dépression.
- La culpabilité est une tentative de solution émotionnelle pour tenter de reprendre le contrôle et d’individualiser la responsabilité : “Si je suis fautif, je peux réparer.” Alors on redouble d’efforts… et on s’épuise davantage.
Comprendre ce mécanisme, c’est la première étape pour aider à en sortir.

Nos experts WTW vous accompagnent pour co-construire votre démarche prévention : comprendre, prévenir, agir.
Quelques ressources :
Le site Souffrance et travail est une vraie mine d’or pour guider tant les professionnels que les ressources humaines : Le burn-out: l’épuisement professionnel
L’outil d’auto-diagnostic de Emma Pitzalis : BURN OUT
Episode « psycho » sur le burn out (arte) : Bienvenue sur arte.tv !