Le 19 octobre 2025, le musée du Louvre a été victime d’un cambriolage spectaculaire : huit bijoux historiques, estimés à 88 millions d’euros, ont été dérobés. Cet événement relance la question de la protection et de l’assurance des trésors nationaux. Contrairement aux idées reçues, la majorité des collections permanentes des musées nationaux français, comme celles du Louvre, ne sont pas couvertes par une assurance privée classique. Leur sécurité repose sur une logique particulière : l’État est son propre assureur.
En France, les musées nationaux abritent des collections inaliénables et imprescriptibles, régies par le Code du patrimoine. Ces œuvres appartiennent à l’État et ne sont pas assurées par des compagnies privées lorsqu’elles sont exposées de façon permanente. La logique est simple : l’État prend lui-même en charge les risques liés à ces biens, notamment qu’il s’agisse de vol, d’incendie ou de dommages accidentels.
En cas de sinistre, le financement des réparations ou des restaurations est assuré directement par les budgets des établissements concernés ou par le ministère de la Culture. Aucun fonds spécial d’indemnisation, comparable à ceux utilisés pour les catastrophes naturelles ou le terrorisme, n’existe. L’absence d’assurance privée n’induit pas un manque de protection, elle transfère simplement la responsabilité financière à l’État.
La situation change dès qu’un bien dit national quitte le musée national. Lorsqu’un tableau, un bijou ou une sculpture est prêté à un autre établissement, public ou privé, en France ou à l’étranger, une assurance privée en tous risques dite « clou à clou » est souscrite.
Cette assurance couvre l’œuvre en tous risques pendant le transport aller, tous les séjours intermédiaires, l’exposition et le transport retour, garantissant contre le vol, les dommages accidentels, les incendies, les dégâts des eaux et d’autres risques. La valeur assurée est déterminée par des experts spécialisés, en fonction de l’état de conservation, de la rareté, de l’importance historique et de la valeur sur le marché. Même les objets dits « inestimables » peuvent ainsi faire l’objet d’une évaluation pour garantir leur protection.
Pour les collections privées, la stratégie d’assurance est plus souple et adaptée aux besoins de chaque institution privée et aux risques. Trois principaux modes peuvent être mentionnés :
Les assureurs évaluent les dispositifs de sécurité (alarme, surveillance, vitrines blindées) pour déterminer le montant de la prime et le niveau de couverture. Les collections réparties sur plusieurs sites peuvent bénéficier d’une répartition du risque. Le transport et les expositions temporaires sont également assurés selon la valeur et la fragilité des œuvres.
Les règles françaises sont particulières, mais pas uniques. À l’étranger, les musées publics adoptent d’autres approches : certains assurent leurs collections, d’autres comptent sur la responsabilité directe de l’institution. Aux États-Unis, par exemple, les œuvres exposées dans les musées publics ne sont pas inaliénables et ils peuvent vendre leurs œuvres, modifiant ainsi la logique de protection. Les modalités d’assurance dépendent donc du cadre juridique et du statut des collections dans chaque pays.
Le cambriolage du Louvre rappelle combien la protection des œuvres d’art est un domaine complexe, mêlant droit, finance, expertise technique et moyens de sécurité. En France, les collections nationales reposent sur l’auto-assurance de l’État, tandis que les prêts et expositions temporaires nécessitent des assurances privées. Les collections privées choisissent leur couverture selon leurs risques et leurs moyens.
Assurer l’inestimable exige un équilibre subtil entre valeur culturelle, sécurité physique et protection financière. Chaque œuvre, chaque musée et chaque collection adopte une stratégie adaptée, garantissant que l’art continue de rayonner malgré les risques.