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Surmenage, épuisement, burn-out : tous concernés

De Marylene Khouri | 19 Janvier 2026

La multiplication des burn out au sein des organisations interroge. Pourquoi une telle croissance et comment en organiser la prévention ?
Employee Wellbeing
N/A

L'expression "burn-out" a largement été récupérée dans la sphère sociale et médiatique, parfois caricaturée, souvent reprise sans en connaître la définition exacte. Elle est rentrée dans le langage commun sans que l'on vienne en interroger le sens et surtout, le succès.

Le burn-out est traditionnellement perçu comme un échec personnel ; or, professionnels de santé et chercheurs en sciences humaines sont nombreux à s'accorder sur la dimension collective de ce syndrome : on le qualifie même de pathologie sociétale.

La fatigue, la charge mentale et les symptômes anxio-dépressifs générés par le travail ont toujours existé : ce qui est nouveau est la multiplication de décompensations sévères liés au travail et d’écroulement de professionnels fortement investis qui, du jour au lendemain, perdent non seulement leur capacité à travailler, mais aussi et surtout une grande partie de leurs leurs facultés cognitives, sensorielles, physiques.

Le phénomène du burn-out vient mettre en lumière la croissance des facteurs de risques psychosociaux au travail, ces fameux risques professionnels invisibles qui minent dans un même mouvement individus et organisations.

Ce syndrome civilisationnel est dû à une époque devenue frénétique, une société qui promeut la performance et par conséquent le monde du travail aussi s’accélère, boostée par les progrès technologiques.

Nous vivons au-delà de nos capacités : physiques, psychologiques et plus largement, au-delà des ressources de notre planète. Les logiques gestionnaires sont le terreau de cette « épidémie » de burn-out.

L’enjeu de ce mois où nous profitons de la journée du « Blue Monday » pour dédier notre communication à la prévention du burn-out : revenir sur les possibilités de le repérer, d’identifier ce qui vient nourrir sa mécanique, que ce soit du côté individuel mais aussi collectif et organisationnel.

Quelques éléments de définition

Le burn-out – ou syndrome d’épuisement professionnel – désigne un état d’« épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel ». Il se caractérise par un processus de dégradation du rapport subjectif au travail. Concrètement, face à des situations de stress professionnel chronique, la personne en burn-out ne parvient plus à faire face.

Le syndrome d’épuisement professionnel, ou burn-out, peut toucher toutes les professions. Il concerne autant les femmes que les hommes. Il est en 2e position dans les affections d'origines professionnelles.

Les trois dimensions du burn-out

L’épuisement professionnel est un syndrome conceptualisé comme résultant d’un stress professionnel chronique qui n’a pas été géré avec succès.

Les trois dimensions du burn-out :

  • Des sentiments d’épuisement ou de fatigue
  • Une distance mentale accrue par rapport à son travail, ou des sentiments de négativisme ou de cynisme liés à son travail 
  • Un sentiment d’inefficacité et de manque d’accomplissement

Manifestations cliniques et démarche diagnostique

Le burn-out est un ensemble syndromique qui nécessite une démarche diagnostique. Celle-ci vise à caractériser la sévérité du trouble, son type diagnostique et ses liens avec les conditions de travail. Le syndrome d’épuisement professionnel n’est pas une maladie caractérisée.

Ce syndrome peut se traduire par des manifestations plus ou moins importantes, d’installation progressive et souvent insidieuse, en rupture avec l’état antérieur, notamment (liste non exhaustive) :

  • émotionnelles : anxiété, tensions musculaires diffuses, tristesse de l’humeur ou manque d’entrain, irritabilité, hypersensibilité, absence d’émotion ; ´ cognitives : troubles de la mémoire, de l’attention, de la concentration, des fonctions exécutives
  • comportementales ou interpersonnelles : repli sur soi, isolement social, comportement agressif, parfois violent, diminution de l’empathie, ressentiment et hostilité à l’égard des collaborateurs ; comportements addictifs
  • motivationnelles ou liées à l’attitude : désengagement progressif, baisse de motivation et du moral, effritement des valeurs associées au travail ; doutes sur ses propres compétences (remise en cause professionnelle, dévalorisation)
  • physiques non spécifiques : asthénie, troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques (type lombalgies, cervicalgies, etc.), crampes, céphalées, vertiges, anorexie, troubles gastro-intestinaux

La démarche diagnostique permet de caractériser le syndrome en repérant des pathologies sous-jacentes éventuelles telles que, notamment, un trouble de l’adaptation, un trouble anxieux, un trouble dépressif ou un état de stress post-traumatique. Le risque suicidaire[3]doit être particulièrement évalué. Cette démarche implique une recherche des facteurs de risque.

Un bilan somatique doit rechercher une pathologie organique associée qui aurait pu se manifester par certains des symptômes cités précédemment.

L’analyse des conditions de travail est faite prioritairement avec le médecin du travail, ou le centre de consultation de pathologie professionnelle[4].

La check list lorsque vous repérer des signes d’épuisement professionnel chez un collègue

  • Inciter à consulter un médecin
  • Lister les faits
  • Proposer un test de dépistage
  • Identifier les freins à la pause
  • Proposer des pauses
  • Dialoguer
  • Un pas après l’autre : privilégier la douceur à une approche « solutions »

Idée reçue : le burn out ne commence pas par la fatigue

Les symptômes du burn out sont liés à une perte de la régulation interne : l'individu n'arrive plus à se ressourcer et se déconnecte insidieusement de ses besoins.

Les injonctions aux repos ou aux vacances n'auront que peu d'effet sur le professionnel surengagé, le problème n'étant pas de trop travailler, mais de ne plus parvenir à se réguler.

Ainsi, il ne faut pas confondre grande fatigue et épuisement professionnel.

Afin de prévenir l'épuisement, les professionnels de santé recommandent le recours à à des activités ressourçantes et la capacité à scanner les moments de surcharge. Par ailleurs, une connaissance du lien entre facteurs organisationnels et impact sur la santé permet un repérage des risques dans son activité.

Focus sur la culpabilité

La culpabilité est le carburant invisible du burn-out. Elle apparaît au premier abord comme une conséquence… En réalité, elle fait tourner le moteur.

  • Avant le burnout, certains professionnels ont une propension à culpabiliser : elles se sentent responsables de tout, même de ce qui ne dépend pas d’elles.
  • Pendant le burnout, cette culpabilité aggrave les symptômes et augmente les probabilités de comorbidité : insomnie, troubles digestifs, anxiété, dépression.
  • La culpabilité est une tentative de solution émotionnelle pour tenter de reprendre le contrôle et d’individualiser la responsabilité : “Si je suis fautif, je peux réparer.” Alors on redouble d’efforts… et on s’épuise davantage.

Comprendre ce mécanisme, c’est la première étape pour aider à en sortir.

Nos experts WTW vous accompagnent pour co-construire votre démarche prévention : comprendre, prévenir, agir.

Quelques ressources :

Le site Souffrance et travail est une vraie mine d’or pour guider tant les professionnels que les ressources humaines : Le burn-out: l’épuisement professionnel

L’outil d’auto-diagnostic de Emma Pitzalis : BURN OUT

Episode « psycho » sur le burn out (arte) : Bienvenue sur arte.tv !

– Le repérage est réalisé par le médecin traitant, le médecin du travail et l’équipe de santé au travail.

Le repérage individuel s’appuie sur un faisceau d’arguments incluant une analyse systémique des manifestations cliniques, des conditions de travail et d’éventuels facteurs de susceptibilité individuelle.

Des questionnaires existent et peuvent apporter une aide dans l’évaluation, tels que le « Maslach Burnout Inventory » (MBI) ou le « Copenhagen Burnout Inventory » (CBI).

Les explorations sont à réaliser en complément de la recherche des facteurs professionnels et des signes cliniques observés et entendus, notamment par le médecin du travail et/ou l’équipe pluridisciplinaire de santé au travail.

Le repérage collectif est réalisé par l’équipe de santé au travail coordonnée par le médecin du travail à partir d’un ensemble de signaux liés au fonctionnement de la structure (absentéisme, turn over fréquent, qualité de l’activité et des relations sociales…) ou à la santé et à la sécurité des travailleurs (accidents du travail, maladies professionnelles, visites médicales spontanées, inaptitudes…).

– La prise en charge vise, bien sûr, à traiter le trouble identifié, mais également à agir sur le contexte socioprofessionnel à l’origine du syndrome. La prescription d’un arrêt de travail est le plus souvent nécessaire.

Le médecin traitant coordonne la prise en charge. L’intervention d’un psychiatre peut être sollicitée notamment pour réaliser un diagnostic psychopathologique ou une adaptation thérapeutique, prendre en charge un trouble sévère ou renouveler un arrêt maladie.

Si le patient souffre de troubles anxieux ou dépressifs, un traitement par antidépresseurs peut être prescrit.sévère ou renouveler un arrêt maladie.

Le traitement du trouble peut comporter une prise en charge non médicamenteuse fondée sur des interventions psychothérapeutiques ou psychocorporelles effectuées par un professionnel de santé ou un psychologue formé à ces techniques.

L’analyse du poste et des conditions de travail est indispensable. Elle est réalisée par l’équipe pluridisciplinaire coordonnée par le médecin du travail. Des actions de prévention (individuelle et/ou collective) sont préconisées en conséquence. En accord avec le patient, il est essentiel que le médecin traitant se mette en contact avec le médecin du travail ou celui d’une consultation de pathologie professionnelle pour alerter et avoir un éclairage sur les conditions de travail.ues.

La prise en charge des aspects médico-socioprofessionnels et psychologiques est indispensable, notamment pour aider les patients dans les démarches médico-administratives : orientation vers les consultations de pathologie professionnelle, services d’assistante sociale…

– Pour préparer le retour d’une personne à l’emploi, une visite de préreprise (voire plusieurs) est organisée avec le médecin du travail. Cette visite a pour but d’accompagner la réinsertion socioprofessionnelle. Elle est obligatoire pour les salariés en arrêt depuis plus de trois mois. À l’issue de celle-ci, le médecin du travail peut notamment recommander des adaptations du poste de travail et/ou des formations pour faciliter le reclassement du salarié ou sa réorientation professionnelle.

L’analyse des conditions de travail

La recherche des facteurs de risque commence par l’analyse des conditions de travail. Cette analyse repose sur une démarche structurée, coordonnée par le médecin du travail avec l’appui de l’équipe pluridisciplinaire (ergonome, psychologue du travail, etc.). Elle peut s’appuyer sur les six catégories de facteurs de risque psychosociaux suivantes tirées du rapport Gollac[5]:

  • intensité et organisation du travail (surcharge de travail, imprécision des missions, objectifs irréalistes, etc.)
  • exigences émotionnelles importantes avec confrontation à la souffrance, à la mort, dissonance émotionnelle
  • autonomie et marge de manœuvre
  • relations dans le travail (conflits interpersonnels, manque de soutien du collectif de travail, management délétère, etc.)
  • conflits de valeurs
  • insécurité de l’emploi

L’existence de ressources dans le travail est protectrice (soutien social, stabilité du statut, collectif de travail vivant, moyens techniques, matériels et humains suffisants).

L’analyse doit également porter sur les antécédents personnels et familiaux, les événements de vie, la qualité du support social et le rapport au travail. Le risque de développer un syndrome d’épuisement professionnel peut être associé à des antécédents dépressifs, à certains traits de personnalité pouvant limiter les capacités d’adaptation (coping).

Ces facteurs individuels ne peuvent servir qu’à préconiser une prévention renforcée, et ne sauraient bien sûr en aucun cas constituer un élément de sélection des travailleurs, ni exonérer la responsabilité des facteurs de risque présents dans l’environnement de travail.

Auteur


Psychologue du travail
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Responsable Prévention Bien Etre - France
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